La défense de la dignité des Européens est venue de là où on ne l’attendait pas : de la droite populiste. Giorgia Meloni, seule dirigeante européenne conviée l’an dernier à l’investiture de Donald Trump, a osé riposter, vertement de surcroît, aux humiliations que celui-ci lui a infligées ces derniers jours. Grâce à elle, les Européens vont peut-être enfin abandonner leur flagornerie face à un président américain impérieux et offensant.
Avant la présidente du Conseil italien, aucun de ses homologues ne s’était risqué à prendre de front l’hôte de la Maison-Blanche. La semaine dernière encore, Emmanuel Macron a déroulé le tapis rouge à Donald Trump à Versailles ; il a applaudi quand, sous les ors de la galerie des Glaces, l’Américain a signé un protocole d‘accord avec l’Iran qui consacre pourtant une victoire stratégique du régime des mollahs. La scène rappelait le sourire affiché par Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, lorsqu’elle a conclu l’accord actant la soumission de l’Union aux diktats commerciaux de Washington. Ou encore la servilité de Mark Rutte, le secrétaire général de l’Otan, qui s’est aplati devant le président américain par crainte qu’il ne claque la porte de l’alliance transatlantique.
En avalant couleuvre sur couleuvre, les Européens escomptent que les Etats-Unis se réengagent aux côtés de l’Ukraine contre l'agresseur russe. La tactique, suivie depuis que Trump s’est réinstallé à la Maison-Blanche il y a un an et demi, est pourtant infructueuse. L’Américain a bien signé, le 17 juin, le communiqué du G7 appelant à accentuer la pression sur Moscou. Mais il y a lieu de rester sceptique sur les suites concrètes qu’il lui donnera.
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A la racine du différend Trump-Meloni, il y a le refus de l’Italie de laisser les bombardiers américains utiliser la base de Sigonella en Sicile pour leurs raids contre l’Iran. Comme souvent avec Donald Trump, le désaccord a pris un tour aussi machiste que puéril. Le président a glissé à un journaliste que lors du sommet du G7 à Evian, l’Italienne l’avait "supplié" de se prêter à une photo avec elle et qu’il avait accepté "par pitié pour elle". Donald Trump a coutume de rabaisser ses partenaires en usant d’un vocabulaire méprisant. C'est sa manière de prouver qu’il a "rendu sa grandeur" à l’Amérique. Mais là, il est tombé sur un os. Meloni a répliqué en publiant une vidéo incendiaire, où elle le traite de menteur et lui reproche d’être dur avec ses alliés mais faible avec ses ennemis. "Ce qui est regrettable, c’est qu’il ne fasse pas preuve de la même fermeté contre les adversaires de l’Occident et des Etats-Unis", déplore-t-elle.
De fait, Donald Trump n’hésite pas, quand ça l’arrange, à piétiner ses amis - Benyamin Netanyahou en sait quelque chose - mais il fléchit devant ses adversaires dès lors qu’ils se montrent plus déterminés que lui. Il a plié devant Xi Jinping sur les tarifs douaniers, lorsque Pékin l’a menacé d’un embargo sur les terres rares. Il s’est incliné devant Kim Jong-un en admettant que la Corée du Nord était une "puissance nucléaire", ce que ses prédécesseurs n’avaient jamais reconnu. Il a offert à Vladimir Poutine, l’an dernier en Alaska, de lui abandonner non seulement les territoires ukrainiens conquis par l’armée russe mais aussi certaines zones dont elle ne s'était pas emparée.
Le schéma s'est répété avec l’Iran. Devant sa résistance obstinée, il a renoncé un par un à ses buts de guerre. A ce jour, il n’a pu ni le contraindre à capituler, ni changer son régime, ni prendre le contrôle de ses stocks d’uranium enrichi, ni stopper ses ingérences régionales déstabilisatrices, ni limiter ses capacités balistiques, ni même rétablir la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz telle qu'elle existait avant le 28 février. Au bout du compte, c’est la République islamique qui a imposé ses propres priorités géopolitiques à l'Amérique. Ce que les Européens, eux, ne sont jamais parvenus à faire depuis un an et demi. Giorgia Meloni leur montre une voie pour y arriver : le bras de fer.
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