C'est un salon que je connais bien pour y avoir organisé en 2008 le forum de la simulation militaire opérationnelle. Mais aussi pour y avoir été présent en tant qu’exposant. En tant que directeur de l’Agence de l’innovation de défense. Et puis en tant que délégué général pour l’armement. Cette année, j'y étais pour l'Office national d’études et de recherche aérospatiales (Onera), présent sur site pour la première fois depuis 15 ans.
Car Eurosatory, ce n’est pas uniquement ce qui roule ou qui tire… L’Onera y a toute sa place, exposant des technologies radar, drones et anti-drones, mais aussi optique infrarouge, détection de gaz de combat, ou un simulateur permettant de quantifier l’état cognitif d’un pilote d’hélicoptère et d’un opérateur à bord permettant de piloter un drone.
J’admire ce salon qui a su se renouveler et devenir incontournable. C'est d'ailleurs à Eurosatory, en 2022, qu'Emmanuel Macron a parlé d’économie de guerre après l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Son édition 2026 dégage trois grandes tendances : la guerre des drones, la fusion des espaces de conflictualité et la production en masse.
La présence ukrainienne sur place l'a démontré : la guerre des drones est, sans aucune hésitation, une tendance durable de la guerre de demain. Le mini et micro-drone deviennent la grenade à main du fantassin du XXIe siècle. Des PME comme Delair, EOS Technologies ou encore la société Ukrainienne Ukroboronprom - avec son drone UAV290 capable de frapper à 650 km - ont permis d’affermir sa place dans le combat aéroterrestre moderne.
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Le groupe franco-belge John Cockerill - qui a récemment racheté Arquus - a également exposé un tourelleau de lutte anti-drones capables de coupler les meilleures technologies. Il intègre des radars de détection, des systèmes de ciblage rapides augmentés par l’intelligence artificielle (IA) ou encore des lasers d’aveuglement ou de destruction contre les drones. La neutralisation des essaims reste encore un défi. Si bien que les acteurs spécialisés dans la lutte anti-drones étaient aussi présents que sur-sollicités. Bel exemple de clairvoyance, la société Cerbair avait, en son temps, bénéficié d’un accompagnement par le Gicat (groupement professionnel à l’origine du salon) dans le cadre d’un programme baptisé Generate. Nous étions en 2017.
Autre tendance : la multiplication et la superposition des espaces de conflictualité. Se battre sur terre, sur et sous la mer ou dans les airs reste vrai, mais à Eurosatory, l’espace exoatmosphérique s’invite dans l’équation, tout comme les espaces immatériels (Cyber, espaces informationnels). Il y avait parfois plus de monde sur les stands de sociétés spécialisées en IA que sur ceux des entreprises classiques, proposant des canons et des chars, qui constituent pourtant l’ADN initial du salon.
Les atermoiements initiaux sur l'IA ont été balayés par la "realpolitik". Plus aucun système de commandement, de renseignement ou d’armes ne peut s'en passer. Les sociétés du domaine deviennent les stars à rencontrer là où quelques années encore, personne ne s’y intéressait.
Ces changements technologiques accompagnent celui des mentalités. Evoquée par le président en 2022, la production en masse et à bas coût est un ingrédient indispensable de l’économie de guerre. Les Ukrainiens sont passés maîtres en la matière, avec des sociétés comme Fire Point, qui a développé le Flamingo. Ce missile, capable de frapper à 3000 km avec une tonne d’explosifs, est conçu en masse et pour peu cher. D'une poignée d'ingénieurs en 2022, Fire Point est passé à plus de 6 000 collaborateurs aujourd’hui !
On produit toujours plus vite - et on innove aussi. Le stand du groupe Thalès l'a démontré. On pouvait y voir ce qui s'apparente à un VCMR (Véhicule civil militaire multirôle). C'est-à-dire un système fondé sur des châssis civils produits par Renault, capable d’embarquer des drones, des systèmes de liaison de données, ou encore des capteurs innovants. Le concept a été développé par Renault et THALES en seulement… 7 semaines !
Eurosatory 2026 n’est pas une simple nouvelle édition d’un salon d’armement. Il matérialise les nouvelles tendances de défense aéroterrestres. Il positionne aussi la France dans un paysage complexe au sein duquel nous pouvons revendiquer un rôle - et pas un second rôle.
Emmanuel Chiva, ancien directeur de l'Agence de l'innovation de défense, ancien délégué général pour l'armement
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