En Europe, le Kremlin peine à transformer son influence en victoires électorales

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En Europe, le Kremlin peine à transformer son influence en victoires électorales

En Europe, le Kremlin peine à transformer son influence en victoires électorales

En Arménie, le message de Moscou en pleine campagne électorale n'avait rien de subtil. Alors que le Premier ministre Nikol Pachinian a multiplié ces derniers mois les gestes de rapprochement avec l'Union européenne, la Russie a brusquement restreint ses importations de produits arméniens : eau minérale, fleurs, poissons… Jusqu'au célèbre cognac arménien, lui aussi bloqué aux frontières russes. Officiellement, ces mesures relèvent de considérations sanitaires. Elles ont toutefois été largement interprétées comme un avertissement adressé à ce petit pays du Caucase de trois millions d'habitants, dont l'économie demeure étroitement liée à la Russie, au moment même où il cherche à se rapprocher de Bruxelles.

Le résultat a pourtant déjoué les attentes du Kremlin. Le 7 juin, le camp de Nikol Pachinian s'est imposé dès le premier tour. Ni les pressions économiques russes, ni les discours alarmistes de plusieurs candidats prorusses, évoquant le risque d'une intervention militaire en cas de victoire du Premier ministre, n'ont modifié l'issue du scrutin.

Depuis la reconquête du Haut-Karabakh par l'Azerbaïdjan en 2023, Erevan tente de tourner le dos au Kremlin. Les autorités arméniennes reprochent notamment à leur allié historique son absence de réaction durant le conflit malgré les engagements de sécurité mutuelle. Parallèlement, "la Russie est devenue toxique dans la politique intérieure arménienne, résume le politologue Richard Giragosian, directeur du Regional Studies Center, basé à Erevan. Pour de nombreux responsables politiques, afficher une proximité avec Moscou constitue aujourd'hui un handicap électoral".

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L'Arménie n'est pas un cas isolé. Depuis l'invasion de l'Ukraine en 2022, plusieurs scrutins dans l'espace post-soviétique et en Europe de l'Est ont mis en évidence les difficultés croissantes du Kremlin à transformer son influence en victoires électorales.

En Moldavie, malgré des mois d'accusations d'ingérences russes et les tensions récurrentes autour des approvisionnements en gaz en Transnistrie, utilisées par Moscou comme moyen de pression sur le pays, la présidente pro-européenne Maia Sandu a conservé le pouvoir lors des élections d'automne 2025. Dans le même temps, le référendum sur l'intégration européenne a été adopté, et les enquêtes d'opinion montrent désormais qu'une nette majorité de Moldaves soutient l'adhésion à l'Union européenne.

Autre exemple, la Roumanie. L'ascension fulgurante grâce à des réseaux pro russes de Calin Georgescu, candidat d'extrême droite favorable à Moscou et arrivé en tête du premier tour en 2024, a été stoppée in extremis par l'annulation du scrutin. Le nouveau vote organisé quelques mois plus tard a finalement été remporté par le centriste Nicusor Dan.

Même en Hongrie, où Viktor Orban incarnait depuis des années le principal relais politique de Moscou au sein de l'Union européenne, la défaite de son camp aux dernières législatives a privé le Kremlin d'un allié de poids au cœur de l'Europe.

Pour Denis Cenusa, expert associé au Centre d'études sur l'Europe de l'Est à Vilnius, la guerre en Ukraine a profondément modifié les équilibres politiques régionaux. "La Russie est devenue moins efficace dans les pays directement affectés par ce conflit", explique-t-il. Alors que Moscou dispose de ressources plus limitées, une part croissante de ses moyens étant absorbée par la guerre et le contrôle intérieur, les Etats européens identifient également mieux les tentatives d'ingérence russes, poursuit cet expert.

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Les revers électoraux enregistrés ces derniers mois ne passent pas inaperçus à Moscou, où le Kremlin serait lui-même en train de revoir son dispositif d'influence à l'étranger. Selon le média d'investigation russe The Insider, la "Direction des relations interrégionales et culturelles avec l'étranger", une structure de l'administration présidentielle impliquée depuis des années dans les opérations politiques menées dans l’"étranger proche", fait actuellement l'objet d'une profonde restructuration.

Financement de partis, soutien à des personnalités locales, campagnes d'influence... Malgré des moyens importants, les résultats de ce département ces dernières années sont jugés décevants. Symbole de cette remise en question, Dmitri Kozak, figure historique du dispositif russe dans l'espace post-soviétique, a été écarté. Son successeur, Sergueï Kirienko, est chargé de moderniser les opérations d'influence du Kremlin.

Cette réorganisation touche également Rossotroudnitchestvo, principal outil de diplomatie culturelle du Kremlin. Son directeur en poste depuis 2020, Evgueni Primakov, a été limogé le mois dernier par Vladimir Poutine, qui a préféré placer Igor Tchaïka, un homme d'affaires controversé et sous sanctions internationales. Il est notamment accusé d'avoir soutenu des actions visant à déstabiliser la République de Moldavie.

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Faut-il pour autant conclure à un déclin de l'influence russe ? Pour David Teurtrie, directeur de l'Observatoire français des Brics et chercheur associé au Centre de recherches Europe-Eurasie de l'Inalco, la réalité est plus nuancée. "Il faut prendre en compte le contexte local de chaque pays, et les motivations des électeurs, qui n'obéissent pas forcément à une opposition entre partisans et adversaires de la Russie", souligne-t-il.

La Géorgie offre ainsi un contre-exemple, avec un gouvernement largement influencé par l'oligarque Bidzina Ivanishvili, régulièrement accusé par ses opposants de favoriser un rapprochement avec la Russie. "En Europe de l'Est, il ne s'agit pas toujours de forces russes au sens strict. On voit plutôt émerger des acteurs hostiles à l'Ukraine, critiques envers Bruxelles ou favorables à une forme de neutralité sur le conflit", observe David Teurtrie. La Bulgarie, la République tchèque ou encore la Hongrie de Péter Magyar illustrent cette évolution.

Sans être nécessairement alignés sur Moscou, plusieurs responsables politiques récemment élus, à l'image du Premier ministre Roumen Radev en Bulgarie ou d'Andrej Babis en République tchèque, ont critiqué certaines orientations stratégiques de l'Union européenne, notamment le prêt de 90 milliards d'euros accordé à l'Ukraine – sans pour autant imposer leur veto. Ils défendent également une approche plus équilibrée des relations avec Moscou. Et si la Russie peine davantage à faire élire ses candidats déclarés dans de récentes élections, elle continue souvent à imposer ses thèmes dans le débat public.

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