En publiant le 12 juin le dixième appel d’offres pour l’éolien en mer (AO 10) — visant une attribution en février 2027 —, le gouvernement s’apprête à lier durablement les mains de l’État. La facture totale pourrait atteindre 50 milliards d’euros, pesant directement sur les impôts et factures d’électricité des Français. L'agenda interpelle : dans la foulée, Édouard Philippe inaugurait le 15 juin l’extension d’une usine de pales au Havre.
Mais la riposte politique s'organise. Le RN s’apprête à déposer une proposition de loi pour instaurer un moratoire sur les nouvelles capacités en supprimant les soutiens financiers. Une offensive qui résonne avec les mots du rapporteur général du budget, Philippe Juvin, qui qualifiait récemment les opérateurs de "fermiers généraux" subventionnés. À l'heure des déficits publics massifs, ces aides nées dans les années 2000 ne semblent plus ni justifiées énergétiquement, ni soutenables financièrement.
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Ce passage en force piétine la promesse d’une "clause de revoyure", brandie en février 2026 pour apaiser le débat sur l’énergie. En jetant d'un seul coup 10 gigawatts (GW) dans la balance contractuelle — équitablement répartis entre éolien posé et flottant —, l’exécutif court-circuite le calendrier électoral. Un tel bloc représente la puissance de six réacteurs EPR2. Face à cette concentration inédite, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) avait pourtant plaidé pour des appels d’offres fragmentés et progressifs. Un tel gigantisme immédiat réduit la concurrence et risque mécaniquement d’engendrer de lourds surcoûts.
Plus grave encore : pour la première fois, le soutien public s’étendra sur 25 ans, contre 20 ans auparavant. Ce glissement transfère de manière inédite les risques du privé vers le contribuable, malgré l'opposition formelle de la CRE. Le calcul de l’ardoise donne le vertige : 20 milliards d'euros pour le seul raccordement au réseau par RTE (portant le coût national du raccordement maritime à 40 milliards) ; près de 30 milliards d'euros de subventions publiques directes dans le pire des scénarios. C'est donc une hypothèque globale de 50 milliards d'euros qui est scellée à la hâte.
Ce dérapage financier se double d’une dérive tarifaire. Alors que la PPE3 affichait un tarif cible de 55 €/MWh pour l’éolien posé et 100 €/MWh pour le flottant, le gouvernement a retenu un tarif global de 100 €/MWh. Pire : en calculant une moyenne entre différents projets, le mécanisme permettrait à certains exploitants de s'affranchir de ce plafond théorique.
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Pourquoi une telle précipitation, alors même que ces investissements ne sont en rien urgents pour garantir notre équilibre énergétique à court et moyen terme ? L’argument industriel — qu'il s'agisse du hub du Havre ou des extensions de Cherbourg — ne tient plus face à de tels montants. Il ne sert désormais que d'écran de fumée pour masquer des bilans environnementaux contestés ainsi que des risques techniques et financiers majeurs.
Après avoir esquivé le Parlement en imposant la PPE3 par décret, l'exécutif tente un coup de force final. Fixer l'attribution en février 2027, à l'extrême limite du mandat présidentiel, traduit une volonté flagrante de verrouillage politique en contournant les urnes. Face à de telles méthodes, il est temps de lever le voile sur ce qui s'apparente à un véritable scandale d'État. Et qui touche les Français dans leur quotidien, en témoigne qu’Alexandre Jardin a fait de l’arrêt de telles subventions un thème prioritaire de son initiative de référendum populaire.
L'avenir de notre politique énergétique exige de rompre définitivement avec le subventionnement massif du secteur privé. Il est urgent de restaurer une planification transparente, justifiée sur les plans technique et économique, et protectrice de nos actifs publics. Loin, très loin de la politique du fait accompli. Et enfin démocratique.
*L'Andra est l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs.
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