Pour les amateurs de sport, Roland-Garros n'aura été qu'un avant-goût. Fin mai, le tournoi de tennis parisien a débuté sous une chaleur intense, impactant fortement les joueurs. Plusieurs d’entre eux, comme l’Italien Jannik Sinner, le Tchèque Jakub Mensik ou le Norvégien Casper Ruud, ont subi des défaillances. Parfois à la limite du malaise - et de la défaite. À leur tour, les footballeurs engagés dans la Coupe du monde vont être confrontés à des températures éprouvantes.
Organisé entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique, ce Mondial est le premier à être directement affecté par le changement climatique. D’après le World Weather Attribution, un réseau international de scientifiques, un quart des matchs pourrait se jouer dans des conditions de chaleurs dangereuses. Ce niveau de risque, inégal selon les villes, a été calculé via l’indice WBGT (Wet Bulb Globe Temperature), qui prend en compte la température de l’air, l’humidité, les mouvements de l’air et le rayonnement solaire. Au-delà des 28 degrés WBGT (soit 38 °C par temps sec ou 30 °C très humide), les experts recommandent le report des rencontres. Cinq matchs pourraient atteindre ce seuil, dont l’entrée en lice de l’équipe de France face au Sénégal, le 16 juin à New York.
Ces conditions vont éreinter les organismes… et se répercuter sur le spectacle proposé. Au point de le rendre moins passionnant ? Oui, si l'on en croit une analyse de l'organisation américaine Climate Central selon laquelle la chaleur pourrait nuire aux performances des joueurs lors de 97 des 104 rencontres de la compétition. "Une ambiance chaude n’affecte généralement pas les principales variables telles que le nombre de buts ou de fautes, explique Sébastien Racinais, ingénieur recherche performance et stress environnemental au Creps de Montpellier. Mais elle entraîne un ralentissement du jeu et des courses à haute intensité."
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Ces craintes ne s'étaient pas matérialisées en 2022 au Qatar car la plupart des stades avaient été équipés de systèmes de refroidissement. Mais elles se sont confirmées l’été dernier lors de la Coupe du monde des clubs, déjà disputée aux Etats-Unis. Selon une étude publiée en 2026 dans la revue Temperature, plus l’indice WBGT est élevé, plus les distances parcourues par les joueurs diminuent, à toutes les vitesses analysées. S'adaptant à la météo exténuante, les footballeurs privilégient la conservation du ballon à des transitions rapides vers l’avant. Des travaux publiés en 2025 dans la revue European Journal of Sport Science et scrutant plus de 1 500 matchs des ligues allemandes, espagnoles et australiennes, confirment une diminution du nombre de passes vers le tiers offensif du terrain.
Cette prise de risque réduite se traduit également par une baisse du nombre de touches de balle et de dribbles. En revanche, le taux de réussite global des passes augmente, signe d’un pressing moins intense. "Si on court moins, l’adversaire aussi. Le joueur a donc plus de temps pour recevoir le ballon et ajuster sa passe", résume Sébastien Racinais. De quoi influencer les tactiques mises en œuvre, surtout pour les équipes qui privilégient la pression physique.
Outre une température pénalisante, les pics de chaleur peuvent aussi être corrélés à une dégradation de la qualité de l'air. Or, des concentrations élevées d’ozone influent sur les performances des athlètes. "Dans le football, les impacts concernent avant tout les tâches cognitives nécessitant de la précision, relève Paquito Bernard, chercheur à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale. On note par exemple moins de tirs cadrés et davantage d’erreurs techniques."
Les pauses fraîcheur au milieu de chaque mi-temps, généralisées lors du Mondial 2026, ne seront que de brefs répits pour des corps en surchauffe. Dans ces conditions, des remplacements anticipés et plus fréquents casseront encore davantage le rythme des rencontres. Cet été, ne cherchez pas le fameux "facteur X", celui qui peut changer le cours d’un match ou d’une compétition. Il est déjà tout trouvé : la chaleur. Charge aux équipes de s’y adapter. Et aux téléspectateurs de ne pas zapper.
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