David Cameron, le "loser" du Brexit qui n'en a jamais payé le prix

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David Cameron, le "loser" du Brexit qui n'en a jamais payé le prix

David Cameron, le "loser" du Brexit qui n'en a jamais payé le prix

Les Britanniques se souviendront longtemps du 24 juin 2016. C’est au réveil qu’ils apprennent que leur pays a décidé par 51,8 % de quitter l’Union européenne après quarante-trois ans d’adhésion. Les Ecossais et les Nord-Irlandais, qui ont voté massivement contre le Brexit (respectivement à 62 % et 56 %), sont furieux contre les Gallois mais surtout contre les Anglais qui ont voté à 53,4 % "pour" et ont remporté la mise vu leur poids démographique dans le Royaume-Uni. Les Européens, eux, sont sonnés, et tristes. Certains découvrent que le fameux sens britannique de la mesure a ses limites.

Et tout cela parce qu’un homme, le Premier ministre David Cameron, a cru pouvoir, par ce référendum, calmer les ardeurs anti-européennes d’une frange du parti conservateur dont il est le leader depuis 2005. Quand ses compatriotes le voient quelques heures plus tard devant Downing Street annoncer sa démission avant de regagner "Number Ten" en sifflotant, commentateurs et citoyens sont éberlués devant tant de légèreté.

David Cameron a réussi un exploit rare : perdre l'un des paris politiques les plus lourds de conséquences de l'histoire contemporaine britannique sans jamais vraiment en payer le prix. Dix ans après le Brexit, le pays qu'il a contribué à fracturer cherche encore sa place dans le monde, mais lui continue de voyager entre conférences grassement rémunérées, conseils d'administration, missions diplomatiques et dîners internationaux avec l'aisance d'un homme bien né et bien éduqué.

Le Brexit devait clore une dispute, or il a créé une identité politique durable. Aujourd’hui encore, le clivage entre "Leavers" (pour le Brexit) et "Remainers" (contre le Brexit) continue de structurer le débat public. Les politistes parlent désormais sans ironie de "tribal politics".

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En 2016, David Cameron découvre les charmes du secteur privé, où une heure de conférence peut rapporter plus qu’un mois au 10 Downing Street. Il s’y brûle néanmoins les ailes, mais toujours en rebondissant. L’épisode Greensill Capital est édifiant. En 2018, Cameron rejoint cette société de financement présentée comme une innovation géniale de la fintech. Quand la pandémie éclate, il multiplie les textos, appels et courriels à destination de ministres et hauts fonctionnaires afin que l'entreprise puisse bénéficier de dispositifs publics d'urgence.

Une commission parlementaire conclura à une "grave erreur de jugement" : rien d’illégal, mais l’usage décomplexé de réseaux privés au service d’intérêts privés, précisément ce dont il prétendait protéger le pays quand il vantait une "nouvelle politique propre". La chute de Greensill en 2021 laisse derrière elle plus de 1,6 milliard de dettes et des fonds suisses ruinés, tandis que son fondateur Lex Greensill est frappé d’une inéligibilité de neuf ans comme directeur. Cameron, lui, s’en sort par une pirouette : un peu de contrition, beaucoup de flou sur ce qu’il a vraiment gagné, et la conviction intacte qu’il reste fréquentable.

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Il n’est pas le seul dans son entourage. Son ancien gourou et conseiller Steve Hilton, marginalisé à Londres après le Brexit, se recycle en trumpiste californien. Naturalisé américain en 2021, il est aujourd’hui en lice pour le poste de gouverneur avec la bénédiction de Donald Trump. En novembre 2023, coup de théâtre : le Premier ministre Rishi Sunak rappelle David Cameron aux affaires en tant que ministre des Affaires étrangères, le faisant Lord de Chipping Norton. À la surprise générale, il se montre plutôt efficace. Il faut dire qu’après les années Boris Johnson et Liz Truss, les diplomates britanniques retrouvent un professionnel.

Cameron parcourt le monde à un rythme impressionnant : Washington, Israël, les monarchies du Golfe, l'Asie centrale, la Mongolie. Il plaide la cause de l'Ukraine, négocie sur Gaza, tente de convaincre les anciennes républiques soviétiques de desserrer leurs liens avec Moscou et Pékin. Cette capacité à réapparaître sous un jour respectable constitue peut-être son talent politique le plus remarquable.

Sa femme Samantha, qui avait lancé sa marque de vêtements Cefinn avec la bénédiction de Vogue et de Michelle Obama, vient, elle, de renoncer : après des années de pertes et un modèle bousculé par le télétravail, la griffe est liquidée. L’économie post‑Brexit et post‑Covid a eu raison de l’entre‑deux chic qu’elle voulait incarner, là où son mari continue de surfer d’un poste à l’autre : depuis son passage au Foreign Office, il accumule des mandats de conseil dans des fonds d’investissement, notamment en Floride aux côtés de Jeb Bush.

Dix ans après le Brexit, le paradoxe Cameron saute aux yeux. Son principal héritage politique demeure une rupture dont le Royaume-Uni mesure encore les conséquences économiques, institutionnelles et identitaires. Pourtant, sa trajectoire personnelle ressemble à une succession ininterrompue de secondes chances. Le pays a perdu un pari historique. Lui a gagné presque toutes les manches suivantes.

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