De Vladimir Poutine à Donald Trump : quand la Coupe du monde devient un levier de propagande

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De Vladimir Poutine à Donald Trump : quand la Coupe du monde devient un levier de propagande

De Vladimir Poutine à Donald Trump : quand la Coupe du monde devient un levier de propagande

Donald Trump est un passionné de catch, de MMA, de boxe et de golf. "Je suis un grand adepte du monde du sport dans son ensemble", plastronne-t-il volontiers. Donald Trump est surtout un amoureux du sport quand celui-ci joue pour ses couleurs. Jeune homme d’affaires, il avait accueilli des combats du boxeur Mike Tyson dans ses casinos d’Atlantic City. Président élu en 2016, au tour des grands de ce monde de se voir invités à fouler le green de ses multiples clubs - John Bolton, son conseiller à la Sécurité nationale de 2018 à 2019, ira même jusqu’à recommander aux dirigeants étrangers d’"apprendre à jouer au golf". Dernier épisode en date : début juin, la pelouse de la Maison-Blanche accueillait un grand raout de MMA, l’UFC Freedom 250, pour les 80 bougies du président américain.

Nul doute que Donald Trump est aussi un mordu de soccer. En particulier depuis le 5 décembre 2025, date à laquelle s’est déroulée la cérémonie de tirage au sort de la Coupe du monde de football qui, cette année, est organisée par les Etats-Unis, le Canada et le Mexique. Ce jour-là, à Washington, le président américain, candidat déçu au Nobel de la paix, recevait des mains de son grand ami, l’obséquieux président de la Fifa, Gianni Infantino, le tout premier "prix de la paix" de la fédération. Le coup d’envoi d’un événement qui passionne en ce moment des millions de téléspectateurs, avec à la barre, un président américain bien décidé à imprimer sa marque.

Ce sont des fanfaronnades çà et là, des menaces, parfois mises à exécution. Ici, celle de retirer l’organisation de matchs à certaines villes démocrates comme Seattle ou San Francisco sous prétexte d’éventuels "problèmes de sécurité". Là, la fouille de joueurs sénégalais sur le tarmac de l'aéroport, des chiens lâchés pour renifler les bagages de la délégation ouzbèke. Sans oublier le cas de l’arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan, refoulé à son arrivée par la police des frontières américaine. Une "mise en scène sécuritaire destinée à envoyer un message : celui d’une posture anti-immigration intransigeante visant à séduire à la fois sa base électorale dans le pays ainsi que les forces et dirigeants anti-immigration à travers le monde", explique Jules Boykoff, ancien joueur de foot professionnel, professeur à l’université Pacific (Oregon) et auteur du récent Red Card. The 2026 World Cup, Sportswashing, and the FIFA Greed Machine (Carton rouge. La Coupe du monde 2026, le "sportwashing" et la machine à cupidité de la Fifa, non traduit).

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Avant Donald Trump, bon nombre de dirigeants autoritaires se sont prêtés à l’exercice. A commencer par Benito Mussolini qui, pour la deuxième édition de la compétition se déroulant en Italie en 1934, en fit la vitrine de l’idéologie fasciste. La machine de propagande se déploie alors à tous les étages : des affiches à l’effigie du Duce placardées dans les rues de la capitale, en passant par le salut fasciste effectué en début de match par les joueurs italiens - les "soldats du sport" - et jusqu’aux billets d’entrée frappés du symbole fasciste. Point d’orgue de l’opération : la remise, en plus du trophée du Mondial, d’une "coppa del Duce" six fois plus grande. De quoi faire dire à Jules Rimet, à l’époque président de la FIFA, que "pendant cette Coupe du monde, le véritable président de la FIFA était Mussolini". "De la même façon qu’aujourd’hui, un Donald Trump brandit sans cesse sa passion pour le sport, particulièrement le golf, Benito Mussolini s’affichait régulièrement à cheval, sur des skis, tapant dans un ballon ou en pleine séance de natation. La façon dont il a capitalisé sur cette Coupe du monde n’a fait que servir davantage sa propagande et sa réputation de primo sportivo d’Italia", détaille Paul Dietschy, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Franche-Comté et rédacteur en chef de la revue Football(s). Histoire, culture, économie, société.

Quatre-vingts ans plus tard, en 2018, au tour de Vladimir Poutine de transformer le Mondial en instrument de pouvoir. Il faut dire qu’entre les sanctions internationales imposées après l’annexion de la Crimée, les critiques consécutives à son soutien à Bachar el-Assad et les soupçons d’ingérence dans l’élection présidentielle américaine de 2016, le maître du Kremlin joue gros. "A la différence de Donald Trump, qui n’a de cesse de vouloir montrer le visage d’une Amérique belliqueuse où la loi s’applique sans exception à tous, Poutine voulait au contraire faire passer la Russie pour une puissance pacifique, moderne, et ouverte sur le monde", note Paul Dietschy.

Le maître du Kremlin y a mis les moyens. Au total, la Coupe du monde en Russie aurait coûté entre 10 et 11 milliards d’euros, l’un des montants les plus élevés de l’histoire de la compétition. Au programme : nettoyage des grandes villes hôtes telles Moscou, Saint-Pétersbourg ou Kazan, rénovation des stades et même des aéroports ; le tout, perfusé par une télévision d’État vantant les mérites du pays face à un Occident présenté comme hostile et englué dans ses clichés sur la Russie. En coulisses, se jouait pourtant une tout autre histoire : celle d’un Vladimir Poutine profitant du spectacle pour poursuivre sa répression contre les personnes LGBT, notamment en Tchétchénie, et faire passer une réforme des retraites particulièrement impopulaire, repoussant l’âge de départ de 60 à 65 ans pour les hommes, et de 55 à 63 ans pour les femmes.

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Il ne faut pas se fier aux mots victorieux prononcés par le président russe, selon lequel "de nombreux stéréotypes sur la Russie ont été brisés", ni aux louanges de Gianni Infantino, pour qui "tout le monde a découvert un beau pays, un pays accueillant, qui cherche à montrer au monde que tout ce qui avait été dit avant n’était peut-être pas vrai". Comme le souligne Paul Dietschy, "les spécialistes de géopolitique en font beaucoup sur l’influence réelle que ce type d’instrumentalisation peut exercer, alors que bien souvent, le résultat reste mitigé".

Contrairement à d’autres événements ayant fait grimper la popularité de Poutine, telle son intervention en Syrie en 2015, la Coupe du monde de 2018 n’a pas eu d’effet semblable. Selon les chiffres de l’institut de sondage Levada, la cote de popularité du dirigeant, qui caracolait d’ordinaire autour de 80 %, aurait chuté à 67 % en juillet de cette année. Preuve que l’engouement pour le tournoi n’a pas suffi à faire oublier l’annonce un mois plus tôt de la réforme des retraites voulue par le Kremlin. De la même façon qu’en 1934, les campagnes à la gloire de Benito Mussolini et du régime fasciste parvinrent difficilement à remplir le stade de la finale qui vit l’Italie triompher : celui-ci était à moitié vide quelques heures avant le début du match, au point que le Duce dû envoyer des militaires pour combler les quelque 20 000 places restantes.

Certes, il existe des contre exemples. Après le Mondial de 2022, qui a accueilli plus d’un million de supporters, le Qatar, bien que sous le coup d’accusations de "greenwashing", d’exploitation humaine et de travail forcé, a connu une explosion du tourisme : le pays a accueilli plus de cinq millions de visiteurs en 2024, soit une progression de 25 % sur un an. Reste que, comme le rappelle le spécialiste Jules Boykoff, "le "sportwashing" est un pari politique. Rien n'est certain". En témoigne le traitement réservé par le public new-yorkais à Donald Trump, le 6 juin au Madison Square Garden. Ce jour là, il est devenu le premier président en exercice à assister à une finale de la NBA, la ligue nord-américaine de basketball. Sifflé à chaque fois que son visage apparaissait sur les écrans géants, le président a pourtant assuré aux journalistes qu’il s’agissait "surtout d’acclamations". L'ancien footballeur Jules Boykoff se montre plus dubitatif : "Si l'on en juge par [cet événement], son instrumentalisation politique de la Coupe du monde 2026 pourrait bien se révéler contre-productive..."

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