C'est une Arlésienne, qui pourrait peut-être enfin se concrétiser. Mardi 23 juin, le Parlement européen a donné son feu vert à l'ouverture de négociations avec les Etats membres concernant l'euro numérique, qui pourraient démarrer à la rentrée. Ce projet, porté depuis six ans par la Banque centrale européenne (BCE) et défendu par l’exécutif européen à Bruxelles, vise à décliner virtuellement la monnaie unique européenne, pour une mise en place attendue en 2029.
Concrètement, il s'agirait d'une version numérique de l'euro émise par la BCE, universellement acceptée dans l’ensemble de la zone euro, dans les magasins, en ligne ou entre particuliers, et destinée à créer un service de paiement paneuropéen, alors que le marché des transactions est actuellement dominé par les géants américains comme Mastercard, Visa, Apple Pay ou PayPal. D'après la BCE, 13 des 20 pays membres de la zone euro dépendent en effet de ces solutions pour les paiements effectuées entre leurs frontières, ce qui pose des questions de souveraineté. Cela "expose l'Europe à des risques de pression économique et de coercition", avertissait en mars 2025 Philip Lane, chef économiste de la BCE, faisant référence aux tensions transatlantiques depuis le retour au pouvoir du président américain Donald Trump.
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L’affaire n’était pourtant pas gagnée car les banques, notamment françaises, s’opposaient à ce projet qui leur semblait redondant avec leurs propres programmes de développement numérique. En outre, de nombreux fantasmes et théories complotistes ont circulé sur Internet à propos de cette monnaie, à commencer par l'idée qu'elle remplacerait les paiements en espèce.
La présidente de la BCE, Christine Lagarde, auditionnée lundi après-midi au Parlement européen, a donc bien insisté sur ce point : ce nouvel euro numérique complétera, mais ne se substituera pas aux euros en espèces. "Les billets en euros continueront de circuler aussi longtemps que les citoyens européens voudront les utiliser", a-t-elle précisé.
Autre rumeur, là encore infondée : cet argent serait "périssable" et il y aurait des délais imposés pour le dépenser. En réalité, les euros numériques détenus par les particuliers seront stockés dans un portefeuille numérique associé à leur compte bancaire et mis à disposition par leur banque. Ce portefeuille sera soumis à un plafond de détention, mais une fois cette limite atteinte, les sommes excédentaires seront transférées vers le compte bancaire classique du titulaire.
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Selon la BCE, ce plafond vise à prévenir des retraits massifs de dépôts bancaires et à préserver la stabilité du système financier. L'institution européenne souligne également que l’euro numérique ne sera pas une monnaie programmable, c’est-à-dire qu’il ne sera soumis ni à des restrictions d’usage ni à une durée de validité limitée, contrairement à certains coupons ou bons d’achat. Les utilisateurs pourront donc l’employer librement, tout en conservant sa valeur à tout moment.
Sur la question du traçage des transactions, autre point d'inquiétude soulevée sur les réseaux sociaux, la BCE assure qu’elle "ne pourra pas identifier les utilisateurs de l’euro numérique, ni tracer leurs paiements". L’organisme indique également que "l’euro numérique offrira la possibilité de payer ''hors ligne'' (sans connexion Internet, via Bluetooth par exemple), ce qui offre une garantie supplémentaire de confidentialité, car les informations de paiements ne seront visibles que pour celui qui paye, et celui qui reçoit l’argent."
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