La directrice démissionnaire du renseignement américain a-t-elle réellement propagé une fake news sur les réseaux sociaux, rapidement reprise par la propagande russe ? Aussi invraisemblable cela soit, c'est bel et bien ce qui s'est produit la semaine dernière sur le compte X de Tulsi Gabbard. Alors que celle-ci s'apprête à quitter ses fonctions le 30 juin, elle a profité de ses derniers jours en poste pour "déclassifier" des documents "sensibles". Et en révéler ce qu'elle dit être le contenu dans une vidéo qui a déjà dépassé les 40 millions de vues sur X.
Elle y affirme que les Etats-Unis financent des programmes de fabrication d'armes biologiques en Ukraine et renvoie vers lesdits documents. "Malgré le risque évident d’impact catastrophique à l’échelle mondiale… Des entités au sein de l’équipe de sécurité nationale de l’administration Biden ont menti au peuple américain sur l’existence de laboratoires biologiques financés et soutenus par les États-Unis", a déclaré Gabbard dans un communiqué de presse.
Today, I’m releasing never before seen intelligence revealing new evidence of past US government funding for more than 120 biolabs in over 30 countries, including Ukraine.
— DNI Tulsi Gabbard (@DNIGabbard) June 12, 2026
In support of President Trump‘s Executive Order to end federal funding of dangerous gain of function… pic.twitter.com/RkPHnAbka9
Sauf qu'à y regarder de plus près, il n'en est rien. Aucune mention n'est faite de telles installations secrètes dans les documents déclassifiés, révèle ainsi le Kyiv Independent, qui a passé au crible l'ensemble des documents. Les nouveaux documents publiés indiquent simplement que les États-Unis ont financé plus de 120 laboratoires biologiques dans le monde et que certains laboratoires ukrainiens pourraient contenir des agents pathogènes dangereux susceptibles d’être compromis par la guerre.
Link to Aucune révélation majeureAucune révélation majeure
Il s’agit en réalité de programmes de coopération existant depuis la fin de la Guerre froide et destinés à renforcer la surveillance sanitaire dans les anciens pays de l’URSS, dont l’Ukraine. Programmes dont les autorités américaines avaient déjà rendu publique l'existence bien avant l’invasion russe de 2022, et sur lesquels la déclassification n'apporte aucune révélation majeure.
Mais il n'a pas fallu longtemps pour que ce post sur X soit repris par des bots russes pour le compte du Kremlin. En l'espace de quelques jours, ces derniers s'en sont servis pour ranimer une vieille théorie du complot, qui avait d'ailleurs servi de prétexte parmi d'autres pour justifier l'invasion russe de l'Ukraine en 2022. À l’époque, Tulsi Gabbard avait déjà tenu des propos mensongers sur ces laboratoires, ce qui lui avait valu des critiques à Washington, certains l'accusant déjà de faire une fleur au Kremlin.
Link to Réactivation d'une théorie du complot russeRéactivation d'une théorie du complot russe
Cette fois-ci, la controverse s'est aggravée lorsque la militante conservatrice Laura Loomer, devenue de plus en plus critique à l'égard de la Russie, a publié sa propre analyse des documents. Celle-ci a notamment relevé que certaines cartes contenaient des erreurs inhabituelles pour des documents de renseignement. Selon Laura Loomer, plusieurs graphiques utilisés dans le communiqué de Tulsi Gabbard ressemblaient même fortement à des documents précédemment publiés par les services de renseignement de Moscou, auxquels aurait été apposée la marque du Bureau du directeur du renseignement national américain...
En tous cas, ces déclassifications ont rapidement valu à Gabbard des éloges à la télévision d'État russe. Et ont été reprises par les organes de propagande pro-russes, notamment le réseau de bots "Matryoshka", qui les a immédiatement présentées comme une preuve que les accusations russes sur les "biolabs ukrainiens" étaient vraies depuis le début. Selon le groupe Antibot4Navalny, qui traque les campagnes de désinformation russes, Matryoshka a publié en une journée au moins six vidéos de désinformation à ce sujet, à partir des prétendues révélations de Gabbard. Ou comment une directrice du renseignement américain fait - encore une fois - un cadeau au Kremlin.
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