Management : les informaticiens sont-ils les grands oubliés de l'entreprise ?

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Management : les informaticiens sont-ils les grands oubliés de l'entreprise ?

Management : les informaticiens sont-ils les grands oubliés de l'entreprise ?

Dans les entreprises, on ne pense à eux que lorsqu'un énième bug vient gripper la machine. Avec Digital Bullshit Officer (Diateino, juin 2026), le dessinateur François-Xavier Chenevat, alias Fix, rend hommage aux informaticiens, "un service que l’on oublie de remercier quand tout fonctionne bien et qui est sans doute aussi celui qui se moque le plus de lui-même". Dans cette bande dessinée, l'univers des services informatiques et leurs relations avec les autres salariés sont auscultés avec humour. De multiples histoires se succèdent dans un monde où le cloud et l'IA cohabitent avec les geeks et le fameux post-it porteur du mot de passe. La base narrative est très actuelle : le rapport que chacun entretient aux outils numériques et à ceux qui sont chargés de les faire fonctionner.

"J’ai bien baigné dans ces fonctions, je comprends les enjeux, comme l’informatique pour les nuls", sourit Fix, soucieux de désinvisibiliser la population des informaticiens en interrogeant les dimensions sociales, éthiques, philosophiques et économiques des technologies qui nous cernent au quotidien.

Passé par HEC puis par un cabinet de conseil, ce "consultant repenti" se consacre désormais à sa passion mais conserve un œil acéré sur le monde du travail en croquant en direct les colloques, et en collaborant avec les administrations et la presse.

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Dans cette BD, le dessinateur a imaginé un monde où les salariés ont des têtes d’animaux et des corps d’humains (dans un univers graphique plus proche de Gaston Lagaffe que d’Astérix ou de XIII), à l'exception du syndicaliste Robert Tété et des actionnaires, des membres d’une société secrète aux visages cagoulés. Au sommet de la pyramide, Jean-Hubert Bigueboss, un éléphant surnommé "Monsieur le directeur". Sous ses ordres, évolue le DAF (directeur administratif et financier) Nicolas Duflouze (un lapin), tandis que leur rival – le moins sympathique de la bande – prend les traits d'un crocodile aux dents acérées : le fournisseur.

Extrait de la BD
Extrait de la BD "Digital Bullshit Officer" (Diateino, juin 2026)

Des personnages familiers pour ceux qui suivent Fix depuis Les extraordinaires aventures de bureau Chief Bullshit Officer (en trois tomes, Diateino). On y découvrait notamment comment Seb ("sympathique tire-au-flanc") récupérait le projet de Natacha ("dynamique et compétente, on se demande ce qu’elle fait encore là") à la faveur d'un incident technique lors d'une visioconférence. Car l’outil informatique est le véritable dieu caché de l’imaginaire de Fix. Son héros, Léonce, est un drôle de chien, "manager fatigué, accessoirement responsable informatique", flanqué de son adjoint Jean-Kevin, "un jeune ambitieux, bullshiteur de première classe… bref pénible."

On ressent une tendresse dans le trait presque naïf pour ces équipes informatiques que Fix analyse comme possédant une vision très complète de l’entreprise : "Ce sont comme des plombiers en chef, qui construisent tous les tuyaux. Ils ont une bonne connaissance de l’architecture, et font tourner la grande machine tout en construisant l’avenir avec des améliorations qu’ils mettent en œuvre en permanence".

Le dessinateur gomme au passage la distinction entre les spécialistes du "build" (les développeurs, qui écrivent du code) et ceux du "run" (les responsables de la gestion et de la maintenance) et se montre admiratif quant à leur capacité à "assurer les deux fonctions tout en manageant une équipe et en gérant un budget". Des salariés moins individualistes que les autres, "car ils ont besoin de travailler ensemble et sont habitués, depuis toujours, à s’organiser pour répondre aux demandes des utilisateurs".

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Sur la couverture de ce nouvel opus : Léonce vêtu en prophète, porte une pancarte "IA is coming". Une image qui n'est pas sans rappeler Philippulus annonçant la fin du monde dans L’Etoile mystérieuse. L’intelligence artificielle et son fidèle robot quadrupède "chien GPT" étaient présents dans la BD précédente. Cette fois, le ton est plus inquiétant. "Il y a une omniprésence absolue de l’IA depuis trois ans. Avant, on disait 'il va falloir s’y mettre'. Aujourd'hui, on y est. Elle est intégrée dans le marketing, les RH, elle est sortie du seul périmètre du service informatique", observe l’auteur.

Ce dernier met également en garde contre les risques liés à la cybersécurité, incarnée dans ses albums par "X", guerrière ultra-musclée. "C’est un sujet devenu grave avec les rançons et l’indisponibilité des données", précise le dessinateur qui interpelle ironiquement le lecteur à travers le personnage de "Vladimir Popov", nouveau responsable de la cybersécurité.

Troisième obsession de Fix : la souveraineté numérique. "Où se situe le cloud ? Qui a accès aux données ? Quid des logiciels libres ? Si Microsoft coupait l’accès aux solutions en mode abonnement, on ne pourrait plus rien faire", alerte François-Xavier Chenevat, qui pourrait être l’avatar de Léonce. Sous ses airs placides, il distille des messages explicites à Amazon, Netflix, Disney, Gartner et McKinsey, tout en truffant ses récits de références. "Que la force soit avec vous", conclut ainsi Yoda sous le crayon de Fix, avant d'ajouter, toujours aussi lucide : "besoin vous en aurez si nos applis vous utilisez".

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