"Il est faux de dire qu’il n’est pas rentable d'investir en Europe" : le plaidoyer de la patronne d'Amundi

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"Il est faux de dire qu’il n’est pas rentable d'investir en Europe" : le plaidoyer de la patronne d'Amundi

"Il est faux de dire qu’il n’est pas rentable d'investir en Europe" : le plaidoyer de la patronne d'Amundi

Il a fallu jouer des coudes pour assister à la prise de parole de l’ancienne secrétaire au Trésor des Etats-Unis, Janet Yellen. Dans la même enceinte, quelques heures plus tard, un rire nerveux a parcouru le public quand l’universitaire chinois Qingguo Jia, proche de Xi Jinping, a évoqué le chantage aux terres rares comme un levier de la politique étrangère de Pékin, face à l'Américain Kevin McCarthy, l’ancien président républicain de la Chambre des représentants. Le Nobel d’économie Philippe Aghion a quant à lui plaidé avec énergie pour une politique européenne industrielle. L'ex-banquier central Jean-Claude Trichet, l’écrivain Giuliano da Empoli, conseiller du Premier ministre italien de 2014 à 2016, ou encore l’ancien commandant suprême allié pour la transformation de l'Otan, le général Philippe Lavigne, se sont aussi succédé au forum organisé par Amundi au Carrousel du Louvre, devant un parterre d'investisseurs internationaux.

Il faut toute la puissance d’un acteur majeur de la finance pour convier un tel plateau. Dirigée depuis cinq ans par Valérie Baudson, cette filiale du groupe Crédit Agricole dont le siège parisien jouxte la gare Montparnasse, est le numéro un de la gestion d’actifs en Europe, avec près de 2 400 milliards d’encours. Le seul représentant du continent au sein du top 10 mondial. Une exception dans un palmarès trusté par les Américains.

Ce statut, la directrice générale le prend à cœur. "On parle de souveraineté quand il est question de défense, de santé, d'alimentation, d'énergie… Moi, j'aime parler aussi de souveraineté en matière de finance. Nous avons besoin de grandes banques qui prêtent de l'argent et de grands asset managers européens qui investissent sur le continent", insiste-t-elle, précisant que l'Europe concentre "50 à 60 % des actifs investis d’Amundi". Signe que cet idéal de souveraineté financière infuse, certains fonds de pension internationaux valorisent cette identité européenne au moment de sélectionner un gestionnaire d'actifs, se félicite-t-elle.

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Pour autant, les Européens investissent encore trop aux Etats-Unis, s’est emporté l'économiste Philippe Aghion, soucieux d'assurer le financement de futurs champions locaux. Cette inclination américaine n'est-elle pas rationnelle, pour qui cherche du rendement ? Une idée reçue, balaye Valérie Baudson. "Il est faux de dire qu’il n’est pas rentable d'investir en Europe. Il y a de superbes entreprises européennes, à dimension mondiale", clame-t-elle, assénant un argument fort : "L’an dernier, le Stoxx Europe 600 a progressé de 17 %, soit quatre fois plus que le S&P 500 exprimé en euros" - de fait, le dollar s’est affaibli en 2025. Si l’on remonte le temps, la démonstration ne tient toutefois qu’à un fil. Certes, en 2022, la dégringolade de la tech avait fait chuter la Bourse américaine davantage que de l'autre côté de l'Atlantique. Mais en 2021, 2023 et 2024, Wall Street avait battu l’indice européen à plate couture.

Cette année, New York fait de nouveau la course en tête. Depuis début janvier, le S&P 500 en euros progresse deux fois plus vite que le Stoxx 600, dans un contexte de fortes tensions au Moyen-Orient qui pénalisent davantage l’Europe. Pas de quoi freiner la marche des affaires d'Amundi, au contraire. Blocage du détroit d’Ormuz, bombardements dans la région et yo-yo des cours de pétrole ont incité les ménages à la modération dans leur consommation. Un surcroît d’épargne en partie absorbé par le groupe français, dont la collecte a atteint un montant record de 32 milliards en un trimestre - davantage que sur l’ensemble de l’année 2023.

Dans cet environnement mouvant, un mot d’ordre s’est imposé aux équipes : diversifier. Un précepte immuable dans l'univers de la finance, valable pour tout un chacun. "Un particulier ne doit jamais investir uniquement dans les actions. Ni uniquement dans les titres américains. Et encore moins dans les seules valeurs technologiques américaines", sourit Valérie Baudson, quand on lui parle de l’exubérance des marchés gonflés à l’IA ou de l’introduction en Bourse hors-norme de SpaceX.

Pur produit du groupe Crédit Agricole, où elle est entrée au milieu des années 1990, la dirigeante se félicite de la bonne dynamique de son business. Amundi joue sur du velours. Les Européens cumulent 35 000 milliards d’euros d’épargne, deux fois le PIB du continent. Avec le vieillissement de la population et la fragilité des systèmes de retraite par répartition, la nécessité de faire fructifier ses économies s'impose. A l'échelle mondiale, le plan stratégique 2025-2028 d'Amundi prévoit de collecter 100 milliards de plus que les 400 milliards d’encours actuels en épargne retraite. "J’ai l’intuition que nous ferons mieux", assure Valérie Baudson, qui mise aussi sur la souscription en ligne de produits financiers, dont les résultats peuvent se révéler spectaculaires. "En plein Covid, on a vu des flux inattendus arriver d’Allemagne sur les ETF [NDLR : des fonds répliquant la performance des indices, dont Amundi est l'un des spécialistes]. Dans ce pays traditionnellement prudent, où l'épargne est investie à très court terme, l'impossibilité d'accéder aux agences bancaires a conduit les épargnants allemands à expérimenter les plateformes digitales." Test concluant.

Les Allemands, comme les Italiens et les Français, ont d’ailleurs tout intérêt à prendre davantage de risque dans leurs placements, comme l’a pointé une étude récente de Rexecode. Faute de bénéficier d’un système de retraite par capitalisation et du b.a.-ba de l’éducation financière, leurs rendements sur longue période sont bien maigres comparés à ceux de leurs voisins suédois ou néerlandais. A l’échelle européenne, Valérie Baudson milite pour lever certains freins réglementaires, comme Solvency, qui bride les investissements en actions des assureurs-vie, et MIF "qui mériterait un assouplissement tant ses garde-fous compliquent le conseil en investissement des particuliers". Mais l’avenir d’Amundi ne dépend pas que de l’Europe : 10 % de ses actifs sont investis en Asie, où la montée en puissance de la classe moyenne lui offre un terrain de jeu immense.

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