KNDS : entre la France et l'Allemagne, un mariage blindé

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KNDS : entre la France et l'Allemagne, un mariage blindé

KNDS : entre la France et l'Allemagne, un mariage blindé

Attention : Paris, Berlin, relation difficile. Un couple au bord du divorce, murmure-t- on. A ce point-là ? Le 8 juin dernier a été rendu public un nouveau coup de canif dans la relation franco-allemande, avec la fin officielle du Scaf, le projet d’avion de combat européen, destiné à remplacer à l’horizon 2040 le Rafale français et l’Eurofighter. Trop de frictions et trop de méfiance auront fini par miner le programme lancé en 2017 par Emmanuel Macron et Angela Merkel. Le projet Eurodrone est lui aussi devenu un objet de disputes récurrentes entre Airbus et Dassault : on le dit également proche de la mort clinique. Faut-il donc déjà enterrer l’Europe de la défense ?

Impossible, quand les Etats-Unis amorcent leur retrait du continent et quand le chef de la diplomatie russe Sergeï Lavrov souffle sur les braises en affirmant voir dans l’Europe "la principale menace pour la sécurité mondiale". L’Allemagne réarme, la France réarme, tout comme le reste de l’Europe. Chacun a conscience que sans un minimum d’intégration, l’addition des efforts sera insuffisante pour affronter les nouveaux défis sécuritaires. C’est dans ce sens que Paris et Berlin viennent de publier les bans de leur nouvelle union capitalistique autour de KNDS, le fabricant franco-allemand de systèmes de défense terrestre créé en 2015 : dans quelques semaines, KNDS (le fabricant du char Leopard et du canon Caesar) fera son entrée sur les deux places financières. Une cotation qui signe un acte politique. Car à la faveur de cette double introduction en Bourse, les deux Etats se retrouvent à parité : 40 % chacun dans KNDS et un engagement de dix ans : le couple s’est offert un contrat de mariage blindé.

"C’est un signal positif, qui montre qu’en dépit des récents déboires, une vision opérationnelle franco-allemande peut exister. La clé sera la mise en œuvre, et d’avoir de véritables programmes communs", analyse André Loesekrug‑ Pietri, président de la Joint European Disruptive Initiative, agence européenne d’innovation de rupture.

Ce rapprochement industriel annonce-t-il un réchauffement politique ? Depuis l’arrivée de Merz à la chancellerie, les relations avec Macron semblent avoir retrouvé une certaine densité. Ils partagent une lucidité identique face aux défis : le réarmement de l’Europe, la menace russe persistante, un allié américain dont la fiabilité fluctue au gré des humeurs de Trump. Pour autant, les nuages continuent de s’amonceler dans le ciel franco-allemand.

Entre un pays à court d’argent et un autre incapable de décider rapidement, l’incompréhension grandit, sur fond de paralysie politique et de montée du nationalisme. KNDS ne résoudra pas, à lui seul, leurs divergences. Mais l’opération, si elle parvient à échapper à une gouvernance écartelée entre les deux pays, révèle quelque chose d’essentiel : quand le pragmatisme l’emporte sur les postures nationales, le moteur franco- allemand peut encore tourner.

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