La guerre en Ukraine reste notre première ligne de front, par Manuel Valls

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La guerre en Ukraine reste notre première ligne de front, par Manuel Valls

La guerre en Ukraine reste notre première ligne de front, par Manuel Valls

Maintenant qu’un protocole d’accord, très fragile, a été signé entre les États-Unis et l’Iran, permettant l’ouverture du détroit d’Ormuz, laissant place à un lâche soulagement, sans régler aucun des problèmes préexistant au conflit, la guerre en Ukraine s’impose de nouveau au cœur des discussions.

Le sommet du G7 vient de le rappeler avec force, grâce à la détermination des Européens, et notamment d’Emmanuel Macron. En conviant Volodymyr Zelensky, le président de la République a posé un choix politique clair : aucun règlement ne se fera sur le dos des Ukrainiens. Les États-Unis ont accepté de soutenir la production d'armements en Ukraine, sous licence d'entreprises américaines et européennes – défense antiaérienne, capacités de frappe en profondeur. Cela augure un changement de donne alors qu’on estime que la Russie perd trente mille hommes par mois.

Mais la leçon essentielle de cette guerre est ailleurs. L’Ukraine nous montre comment produire et innover. Depuis plus de quatre ans, ce pays soumis à une agression permanente a transformé l’urgence en avantage stratégique en inventant une nouvelle manière de combattre, fondée sur la vitesse d’adaptation, l’intégration du numérique et l’exploitation en temps réel des données du champ de bataille grâce à l’IA.

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Des start-up, des ingénieurs, des développeurs de logiciels civils et des unités combattantes travaillent ensemble dans des cycles extrêmement courts. Là où les armées occidentales mettent parfois des années à intégrer une innovation, les Ukrainiens passent de l’idée à l’expérimentation puis au déploiement opérationnel en quelques semaines. Les retours d’expérience du front alimentent directement les concepteurs. Les plateformes numériques permettent de tester, corriger et améliorer les systèmes presque en continu. L’État ne cherche pas à tout contrôler, il agit comme facilitateur, organise les infrastructures numériques, accélère les procédures et donne de la visibilité aux entrepreneurs. Cette alliance entre initiative privée, innovation technologique et vision publique constitue probablement l’un des héritages les plus durables de la guerre.

Les résultats sont spectaculaires. L’Ukraine est devenue l’une des grandes puissances mondiales du drone, visant une capacité de production de vingt millions d’unités par an. Ces systèmes cyber et physiques frappent les positions ennemies, protègent les soldats, perturbent les communications russes et atteignent des infrastructures stratégiques situées à des centaines de kilomètres du front. La semaine dernière encore, Moscou a subi l’une des plus importantes attaques de drones depuis le début de la guerre. La profondeur stratégique russe n’est plus un sanctuaire.

Cette capacité d’innovation permanente rappelle surtout qu’une armée moderne ne se mesure plus uniquement au nombre de ses équipements, mais à sa faculté d’apprendre et de former opérateurs, ingénieurs et spécialistes de la guerre électronique plus vite que son adversaire.

Soutenir l'Ukraine et s’en inspirer, ce n'est pas faire la charité à un voisin malheureux, c'est défendre nos propres frontières, nos valeurs, notre modèle. N’oublions pas que de nombreux analystes militaires prévoient une guerre avec la Russie. Il faut s’y préparer. Et tout contact diplomatique avec Moscou doit intégrer cette perspective.

Trop longtemps, nous avons délégué notre sécurité aux Américains et oublié que la souveraineté n'est pas un mot mais une capacité. Technologies souveraines, base industrielle de défense, formation et effort budgétaire commun sont désormais les conditions de notre survie comme puissance.

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Que les États-Unis, après des mois d'hésitation, choisissent de nouveau d'avancer avec leurs alliés est une bonne nouvelle. Ne nous y trompons pas pour autant. L'embellie d'Évian ne doit pas masquer l'avertissement venu, ces mêmes jours, du secrétaire américain à la Défense. Il a fustigé ses homologues de l’OTAN qui avaient refusé l'usage de leurs bases lors de la guerre contre l'Iran et annoncé une revue de six mois des bases américaines en Europe. Nous avons déjà subi les revirements et les incohérences de Donald Trump. L'engagement américain demeure fragile, suspendu aux calculs d'une administration dont les yeux sont rivés vers le Pacifique.

L'Histoire n'est pas écrite, elle dépend de notre constance. À nous, Européens, de faire que le sursaut d'Évian ne soit pas un feu de paille, mais le commencement d'une véritable politique de puissance.

Manuel Valls, ex-Premier ministre de François Hollande, ex-ministre des Outre-mer sous Emmanuel Macron

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