Comme un théâtre où l’on rejoue des scènes depuis longtemps périmées, le G7 est hors course dans le grand désordre mondial qui caractérise notre époque. Celui d’Évian n’échappe pas à la règle.
Lorsque la France, sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, réunit en 1975 à Rambouillet le premier sommet des puissances les plus industrialisées (elles étaient six à l’époque), l’Occident était au firmament. Les participants représentaient à eux seuls 67 % de la production mondiale de richesses (exprimée en dollars courants). Cinq décennies plus tard, leur part a fondu à 44 %. Et encore, ce pourcentage exagère l’influence réelle des Etats membres, tellement divisés qu’ils sont incapables d’aborder dans leur réunion un sujet aussi important que le dérèglement climatique et son cortège de calamités.
Au XXe siècle, la France entendait faire du G7 un pilier de la prospérité mondiale, autour de trois principes : la solidarité entre nations occidentales, la stabilité économique, la responsabilité collective. La première est compromise depuis que l’Amérique de Trump a décidé de faire sécession de ses alliés européens, qu’elle traite comme des adversaires plus que comme des partenaires. La seconde est torpillée par les déséquilibres mondiaux résultant de la surproduction industrielle chinoise, des déficits financiers américains titanesques et du grave manque d’investissements en Europe. Quant à la responsabilité collective, si elle a jamais existé, elle s’est évanouie pour de bon depuis que Washington et Pékin ont décidé de privilégier la voie du chacun pour soi dans leur lutte pour la suprématie mondiale.
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Avec ses tarifs douaniers aussi exorbitants qu’unilatéraux, Donald Trump a dynamité le système de libre-échange au cœur de la mondialisation contemporaine. Avec sa guerre brouillonne contre l’Iran, il a affaibli stratégiquement les Etats-Unis et, par voie de conséquence, l’Occident tout entier. Il est symbolique qu’à la veille du G7 d’Évian, le président américain a consacré sa soirée à assister sur la pelouse de la Maison-Blanche à une démonstration d’arts martiaux mixtes (MMA), cette discipline qui exalte la force et qui autorise presque tous les coups. Le multilatéralisme incarné par le G7 visait à promouvoir la coopération internationale plutôt que le droit du plus fort ; c’est pourtant ce dernier qui est magnifié par Trump et d’autres dirigeants mondiaux comme Vladimir Poutine, Benyamin Netanyahou ou Xi Jinping.
Depuis le départ de la Russie (admise en 1998 mais expulsée à la suite de son annexion de la Crimée en 2014), le G7 se voulait un club de nations occidentales ouvertes, liées par leurs systèmes démocratiques et par leur respect commun de l’Etat de droit. Mais la notion même d’Occident est devenue suspecte maintenant que Trump a dénoncé l’Union européenne comme un projet destiné à "entuber" l’Amérique, qu’il a stoppé l’aide américaine à l’Ukraine agressée par la Russie et qu’il a commencé à retirer ses troupes d’Europe.
De toutes les structures de gouvernance internationale héritées du siècle dernier, le G7 est probablement la plus obsolète. L’époque est révolue où les affaires mondiales étaient aux mains de quelques puissances occidentales jouissant d’une influence disproportionnée. La toute-puissance de l’Amérique est contestée frontalement par la Chine tandis que les pays européens sont affaiblis par leur incapacité à utiliser les pleines potentialités du marché unique et à donner corps à leur souveraineté technologique, notamment dans l’intelligence artificielle.
Les démocraties ont pourtant tout intérêt à serrer les rangs face au projet du Parti communiste chinois, qui a pour ambition de délégitimer le modèle de démocratie libérale occidentale et d’asseoir sa domination planétaire en retournant à son avantage la mondialisation capitaliste. Pour cela, il faudrait que l’Europe apprenne à prendre son destin en main, qu'elle surmonte ses dépendances et qu'elle se fasse respecter de l’Amérique. Ce n’est pas au G7 que ce match-là se joue.
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