Nucléaire iranien : la mission impossible de Donald Trump

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Nucléaire iranien : la mission impossible de Donald Trump

Nucléaire iranien : la mission impossible de Donald Trump

Au cœur des forêts du Tennessee se cache le laboratoire américain ultra-stratégique de recherche d'Oak Ridge. Le 4 juin dernier, les plus grands experts américains sur le traitement de l’uranium et des centrifugeuses nucléaires ont eu la surprise de voir débarquer dans leur centre les deux envoyés spéciaux de Donald Trump, Steve Witkoff et Jared Kushner. Objectif : permettre à l’ex-magnat de l’immobilier et au gendre du président américain de comprendre les rudiments de l’extraction et de la dilution de l’uranium enrichi. Un programme ambitieux en un jour au vu d'un sujet aussi technique, mais une "formation" pourtant indispensable avant d’entamer les 60 jours de négociations face à un adversaire iranien redoutable. Abbas Araghchi, le ministre des Affaires étrangères, et ses négociateurs, rompus à l’exercice, sont réputés pour avoir un bagage encyclopédique en la matière. "Witkoff a déjà fait preuve de son ignorance sur les questions techniques nucléaires lors des tractations avant la guerre. Il n’avait pas compris ce que l’Iran proposait. C’est l’un des éléments déclencheurs qui a conduit Trump à attaquer l’Iran", rappelle Mark Fitzpatrick, diplomate américain, qui a été secrétaire adjoint à la non-prolifération au sein du Département d’Etat.

Si l'on s'en tient au protocole signé mercredi à Versailles par Donald Trump et qui devait être entériné le 19 juin - la Suisse a annoncé un report -, la mission que s’est fixée le président en matière de nucléaire s’avère encore plus complexe qu'il y a 11 ans, avant la signature du JCPoA de l'ère Obama. Depuis plusieurs semaines, la comparaison avec cet accord de 2015 - arraché après 600 jours de négociations puis dénoncé par Trump dès 2018 - et ce nouveau mémorandum, qui doit être négocié en deux mois à peine, agace le républicain au plus haut point : "(Le JCPoA), c’était la voie qui menait à l’arme nucléaire, et la nôtre est un rempart contre l’arme nucléaire au sens le plus strict du terme".

C’est tout le sens du préambule de l’article 8 du texte décroché de haute lutte par les Etats-Unis, après 40 jours de bombardements intenses : "la République islamique d’Iran réaffirme qu’elle ne cherchera pas à se procurer ni à développer d’armes nucléaires". Sur cet aspect, rien de nouveau. Jusqu’à présent, les Iraniens adoptent une attitude de "latence nucléaire", encadrée depuis 2005 par la fatwa de l'ayatollah Ali Khamenei - éliminé le 18 février - qui interdit la production, le stockage et l'usage de ce type d’arme. Bien que ce décret religieux fasse partie de la propagande du régime, rien n’attestait déjà qu’une décision politique contraire ait été prise. Cela peut paraître contradictoire mais dans le "logiciel" de la République islamique, cela ne signifie absolument pas qu’elle compte stopper ses ambitions en la matière. "A l’avenir, il est absolument certain que l’Iran continuera de poursuivre une stratégie de dissuasion nucléaire ambiguë, de développer des capacités nucléaires à double usage, c’est-à-dire des technologies pouvant avoir à la fois des applications civiles et militaires", renchérit Mark Fitzpatrick. Un savoir-faire que l’Iran perpétue depuis des générations, formant près de 234 000 ingénieurs chaque année dans les domaines de l’armement et du nucléaire, et pour lesquels le régime a investi des milliards de dollars.

L'autre point de l'accord problématique concerne le sort des matières enrichies stockées. Il est stipulé que "la méthodologie minimale devant être le mélange partiel (down-blending) sur site sous la supervision de l’AIEA". En clair, une dilution qui nécessiterait de mélanger de l’uranium enrichi à de l’uranium "pauvre". Une opération simple en théorie, mais rendue compliquée par l’état probable des installations d’Ispahan, Fordo et Natanz, qui ont particulièrement souffert depuis l’opération "Midnight Hammer" du 21 juin 2025. La mission s’annonce d’autant plus délicate que les Etats-Unis avancent sur ce terrain pratiquement à l’aveugle, sans informations de terrain - les experts de l’AIEA ne sont pas retournés sur zone depuis plus d’un an ! -, sauf celles des agences de renseignement. Les dernières estimations de l’AIEA font état de 441 kilos d’uranium enrichi à 60 % en uranium 235, 180 kilos enrichis à 20 % et plus de 6 tonnes enrichies à 5 %. Certaines évaluations font état de stocks supérieurs, autour de 9 tonnes au total. "S’il s’agit de stock intact, le diluer ne serait pas un problème majeur. Le vrai enjeu, comme le répète Trump en parlant de 'poussière nucléaire', concerne les cas où des explosions auraient eu lieu à l’intérieur des sites d’enrichissement. Si les conteneurs d’hexafluorure d’uranium sont percés, l’explosion a pu disperser ce gaz", s’inquiète David Albright, président de l’Institute for Science an International Security (ISIS) et grand spécialiste de la prolifération nucléaire qui a collaboré avec l'AEIA. De plus, la république islamique a pu dissimuler et éparpiller d’autres bonbonnes d’uranium à différents endroits du pays.

"Contrairement à 2015, il n’y a plus cette base de travail technique et factuel, établi à partir des rapports de l’AIEA, qui avait servi de point de départ à une négociation structurée. 60 jours, cela risque de faire court", estime Emmanuelle Maitre, maître de recherches à la Fondation pour la recherche stratégique et spécialiste des questions de non-prolifération nucléaire. L'accord de 2015 avait permis de sortir du pays environ 97 % de l'arsenal nucléaire iranien de l'époque. La barre est haute pour obtenir un résultat similaire, dans un contexte où la confiance entre Téhéran et l’administration américaine actuelle est désormais rompue. "En 2015, il y avait une communauté internationale unie. Avec des nuances, des divergences entre les approches chinoises, russes et européennes, mais l’objectif commun était partagé", précise Emmanuelle Maitre.

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Dans l’article 9 de l’accord-cadre, un autre point clé, qui a cristallisé les tensions avec l’administration américaine depuis plusieurs années, est mentionné : "la République islamique d’Iran maintiendra le statu quo actuel de son programme nucléaire". Bien que cela ne soit pas écrit noir sur blanc dans le texte, on comprend que l’Iran semble disposé à suspendre l’enrichissement. Rien de surprenant à ce stade : les infrastructures nucléaires sont aujourd’hui trop dégradées pour permettre ce type d’opérations, sans exclure l’hypothèse d’un site secret. Mais si l’Iran valide le fait de ne plus enrichir l’uranium, cela constituerait une avancée que le JCPoA n’avait pas permise. A l’époque, un plafond fixé à 3,67 % d’enrichissement pendant 15 ans avait été autorisé.

Tout l’enjeu de la négociation qui s’ouvre sera donc celui de la durée. En avril dernier, lors des négociations avec le Pakistan, l'Iran aurait ainsi répondu à la demande américaine d'un arrêt de vingt ans de son enrichissement d'uranium par une contre-proposition prévoyant une suspension de cinq ans. Si, à l’inverse, Téhéran obtient gain de cause, ce serait une concession supplémentaire de l’administration américaine sur un accord qui penche déjà clairement de son côté.

Promesse a, en effet, été faite à la République islamique d’Iran de mettre fin aux sanctions qui la frappe, "y compris les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies ainsi que les résolutions du Conseil des gouverneurs de l’AIEA". Après le gain stratégique du détroit d'Ormuz pour les Iraniens, "il paraît peu probable que Téhéran fasse des concessions sur d’autres points, comme celui du démantèlement des installations souterraines", analyse Raz Zimmt, directeur du programme de recherche sur l'Iran à l'Institut israélien d'études de sécurité nationale.

Face à l'ampleur des négociations qui attendent la Maison-Blanche, il est fort possible que le délai de 60 jours soit prolongé. Pis, il n'est pas exclu que les deux belligérants ne parviennent à aucun accord. Les menaces de Donald Trump ces derniers jours de frapper à nouveau l’Iran ravivent les craintes d’un nouvel embrasement face à des Iraniens qui cherchent encore à gagner du temps.

Fort heureusement, le vice-président J.D. Vance, Witkoff et Kushner ne seront pas livrés à eux-mêmes face aux Iraniens. Une centaine de spécialistes de l'atome ont été appelés en renfort pour participer à ces négociations nucléaires. Nos deux envoyés spéciaux auraient-ils été recalés durant leur journée de formation dans le laboratoire d'Oak Ridge ?

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