"Peux-tu m’aider à négocier mon salaire ?" : l’IA, le nouveau coach des candidats

Publish Date

"Peux-tu m’aider à négocier mon salaire ?" : l’IA, le nouveau coach des candidats

"Peux-tu m’aider à négocier mon salaire ?" : l’IA, le nouveau coach des candidats

"L’outil est parfait, car il agit comme un vrai recruteur… Les questions étaient claires et proches de la réalité…", témoignent des utilisateurs ayant testé "le coach emploi", un agent IA lancé récemment par Hellowork sur le thème : "notre job, vous aider à choisir le vôtre". Ce dispositif promet aussi d’identifier les axes d’amélioration du postulant. "L’objectif du coach emploi est d’aiguiller le candidat par rapport à une offre d’emploi, de faire une analyse de la compatibilité entre le CV et l’offre", précise Laure Baumann, directrice des produits emploi de Hellowork. Selon elle, l’outil est perçu comme un "excellent entraînement réaliste" et les premiers utilisateurs valorisent le fait d’être mis en condition réelle.

"Le but n’est pas que la candidature colle à tout prix avec l’annonce", prévient la dirigeante. Cette mise en garde fait écho à certaines pratiques rendues possibles par l'IA. Ainsi, en juillet 2025, un journaliste a testé l’AI Hawk, un agent capable de personnaliser automatiquement CV et lettres de motivation, et a postulé à 2 843 offres d'emploi. L'usage de l'IA dans la recherche d'emploi s'accélère, mais jusqu’où peut-elle aider à trouver le poste idéal ?

Aujourd’hui, 46 % de professionnels français utilisent l’intelligence artificielle dans le cadre d’une recherche d’emploi toutes tranches d’âge confondues. Selon l'étude "Ce que veulent les candidats", réalisée par le cabinet de recrutement Robert Half (avril 2026), les quatre principaux usages sont : la révision et l'amélioration du CV (59 %), la création de versions personnalisées de CV et lettres de motivations (45 %), la préparation aux entretiens (40 %) et la vérification de la réputation de l'entreprise (39 %).

Link to Mieux négocier son salaireMieux négocier son salaire

En effet, l’IA permet en amont de sélectionner les employeurs potentiels, de challenger le socialwashing en croisant différentes sources d'information : avis publiés sur Glassdoor, réseaux sociaux, consultation du site de la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) dans le cadre des dispositifs "name and shame" et celui du ministère du Travail et de l’Emploi (outil Egapro-index sur l’égalité femmes/hommes).

Et le salaire ? 60 % des candidats le jugent primordial (derrière le descriptif du poste et le lieu géographique), et ils sont même 51 % à ne pas postuler ou peu enclins à le faire si aucune rémunération n'est dans l’annonce (Hellowork).

Mais l’IA pourrait toutefois aider à contourner cet écueil, voire à vérifier si la rémunération proposée est réellement alignée sur les pratiques du marché, explique à L'Express Jan Hendrik von Ahlen, cofondateur et directeur général de JobLeads, plateforme de recrutement en ligne dont une récente étude montre que la France est le seul pays au monde où les candidats demandent moins que ce que les employeurs sont prêts à payer. "À l’avenir, nous dit-il, chacun pourra demander à ChatGPT, Claude, Gemini ou à d’autres outils du même type : Peux-tu m’aider à négocier mon salaire ? Est-ce que cette rémunération correspond vraiment au marché ? Il suffira même de télécharger son CV pour que l’IA estime immédiatement la fourchette salariale correspondant à son profil". Celle-ci va s'appuyer sur plusieurs informations - le niveau de compétences, les années d’expérience, etc. - puis les comparer aux offres disponibles sur le marché. "Nous avons réalisé beaucoup de tests sur le sujet, et les fourchettes salariales obtenues sont plutôt précises", assure-t-il.

Link to Les profils atypiques, grands perdants ?Les profils atypiques, grands perdants ?

Une enquête en quelques clics qui permet de limiter le risque de passer à côté d'une opportunité, une aubaine pour les "Fomo" (Fear Of Missing Out), un cauchemar pour les ressources humaines. Ainsi, l’explosion "du volume de candidatures reçues tend à homogénéiser les profils", analyse Matthieu Imbert-Bouchard, directeur général de Robert Half en France. Les candidats ont ainsi plus de difficultés à se démarquer et les recruteurs à vérifier la véracité des informations.

"Avec l’IA, l’acte de recrutement devient encore plus important pour les ressources humaines", pointe Bertrand Calmon, ex-DRH en France et à l’international. "Quand on rencontre un candidat, c’est le moment où on peut aborder les non-dits même si c’est parfois un jeu de piste", explique l’auteur des Fables du management-Réflexions et confessions d’un DRH (Gereso, 2024). "J’aimais présenter des profils qui ne cochaient pas toutes les cases mais qui avaient de l’énergie, envie de s’investir", confie l’expert, inquiet des effets d’une standardisation croissante des candidatures. Lorsque chacun utilise les mêmes outils pour optimiser sa candidature, on risque de produire des profils de plus en plus similaires. Or, en période d’incertitude, où les dirigeants privilégient souvent la prudence, cela peut réduire la place accordée aux parcours atypiques, prévient-il.

D'autres, au contraire, voient dans l'IA une opportunité de repérer des profils moins conventionnels. Baptiste Dromer, confondateur de Tami, start-up qui commercialise des agents IA vocaux spécialisés dans les entretiens d’embauche, capables de mener une conversation vocale naturelle avec un humain ; Cette IA vocale pose des questions structurées, analyse les réponses et génère des rapports exploitables. "Sur dix candidats, nous n’en avons qu’un ou deux communs avec les autres recrutements, ce qui permet de faire ressortir d’autres profils", précise-t-il. Et de faire gagner du temps aux recruteurs. Reste qu’avec ou sans IA, le candidat devra encore convaincre un employeur en face-à-face. Une raison de plus pour travailler sa prise de parole...

(Associated Medias) - All rights reserved