Pourquoi Donald Trump a abdiqué face à l'Iran (et abandonné Israël), par Bernard Haykel

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Pourquoi Donald Trump a abdiqué face à l'Iran (et abandonné Israël), par Bernard Haykel

Pourquoi Donald Trump a abdiqué face à l'Iran (et abandonné Israël), par Bernard Haykel

Aux Etats-Unis, la question d'Israël rallie aujourd’hui l’extrême gauche et l’extrême droite, comme une illustration de la théorie du fer à cheval qui explique que les deux extrêmes sont plus proches qu’on ne le pense. Des deux côtés, on va blâmer Israël et les juifs des problèmes économiques. A New York, trois candidats soutenus par Zohran Mamdani, et qui ont appelé à la fin du soutien américain à Israël, l’ont emporté lors des primaires démocrates. Le vice-président J.D. Vance a lui aussi tenu un discours très dur, s’en prenant avec véhémence aux ministres israéliens qui critiquaient le protocole d’accord avec l’Iran. On peut y voir la manifestation d’une extrême droite républicaine qui l’a emmené à la vice-présidence. Tucker Carlson, notamment, a beaucoup poussé pour qu’il soit choisi par Donald Trump.

Les élections de mi-mandat, en novembre, sont clés pour comprendre ce durcissement de l’administration Trump. Il est clair qu'elles sont très importantes aux yeux du président américain. D’où ce protocole d’accord où il a tout donné aux Iraniens, levant les sanctions sur la vente de pétrole, promettant 300 milliards de dollars pour la reconstruction (qui doivent être financés par les alliés arabes), ne mentionnant par les missiles balistiques ou le soutien d’Iran à ses milices. Le Liban a été inclus, Israël en est exclu. L’ouverture du détroit d’Ormuz n’est en réalité par garantie, comme l'ont prouvé les récentes tensions. Sur le nucléaire, les Iraniens ont promis de ne pas se procurer d’armes nucléaires, mais ils l’ont toujours fait par le passé...

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Donald Trump a ainsi abdiqué face au régime iranien. Les Etats-Unis ont perdu cette guerre, alors qu’ils étaient les plus forts militairement. Mais Trump a en tête les élections et l’économie américaine. La première chose qu’il a d’ailleurs déclarée au moment de signer le protocole d’accord à Versailles, c’est que le prix du pétrole va baisser et la bourse monter. Si le président craint tellement un renversement de majorité au Congrès, c’est pour une raison très concrète : il a peur d’une procédure de mise en accusation (impeachment), et deuxièmement il veut être en position de nommer un successeur qui lui garantira une amnistie pour toute la corruption dans laquelle lui, sa famille et ses amis se sont engagés. On n’a jamais vu un tel niveau de conflits d'intérêts aux Etats-Unis, pratiqué de manière ouverte et flagrante. D’où ce besoin pour Trump d’assurer l’après.

L'ironie, c'est que les deux dernières années de leur mandat, les présidents américains se concentrent généralement sur la politique étrangère, surtout s’ils ont perdu les midterms. Donald Trump va faire exactement l’opposé. D’autant qu’il a multiplié les revers à l’international, que ce soit face à l’Iran ou par rapport à la Chine. La politique intérieure devrait ainsi dominer la fin de mandat.

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En conséquence, Trump s'intéressera beaucoup moins au Moyen-Orient. Il demandera aux pays du Golfe de payer pour le prix de cette guerre et pour que l’Iran reste tranquille. Il n’est même pas certain qu'il va investir pour la reconstruction de toutes les bases américaines sérieusement touchées par les Iraniens. Pour Israël, cet accord entre les Américains et les Iraniens est une défaite. Les Etats-Unis mettent une pression énorme sur le gouvernement de Benyamin Netanyahou pour qu'il cesse sa guerre au Liban. Or les Israéliens savent bien que l’Iran a donné pour consigne au Hezbollah de patienter quelques mois, avant de recevoir une manne d'argent et de pouvoir financer la milice chiite pour reconstituer ses capacités. La grande différence, c’est que le Hezbollah d’hier était centré sur un personnage charismatique, Hassan Nasrallah, ce qui a finalement représenté une grande faiblesse. L’organisation deviendra donc beaucoup plus décentralisée, moins pyramidale et bien plus difficile à détruire.

Les Iraniens et le Hezbollah ont appris énormément de leçons de cette guerre. L’Iran veut reformuler la loi maritime pour le détroit d’Ormuz, et a déjà créé des infrastructures afin de contrôler les navires et les passages. Les pays du Golfe ont décidé de contourner Ormuz, mais en attendant la construction de pipelines et de routes alternatives, ils vont devoir céder à l’Iran pendant deux ou trois ans, payant le prix pour avoir la paix.

* Professeur d’études du Proche-Orient à l’université de Princeton et chercheur à la Fondation pour la défense des démocraties (FDD).

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