À gauche, la candidature de Raphaël Glucksmann n’a rien d’une évidence. C’est jour après jour ce que lui signifient ses camarades sociaux-démocrates, ceux qui se déclarent candidats (Karim Bouamrane ou Jérôme Guedj), "se préparent" (François Hollande), se tiennent prêts (Bernard Cazeneuve), ou réfléchissent (Olivier Faure, Boris Vallaud) à la prochaine élection présidentielle. Au fond, personne ne nie à l’eurodéputé son avance sondagière. Mais tous demeurent persuadés que l’impétrant est encore "fragile". "Il ne balaie pas tout sur son passage, ne perce pas de façon probante, note un socialiste. On ne se dit pas 'Plus vite on le rejoint, et plus vite on sera ministre'".
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Il n’est pas encore candidat, mais c’est tout comme. Pour son premier meeting, ce samedi 13 juin aux Docks d’Aubervilliers, Raphaël Glucksmann se projette vers l’avenir. Mais ne comptez pas sur ses concurrents pour venir l’encourager. Ni Jérôme Guedj, qui est en déplacement en Israël et en Palestine, ni Karim Bouamrane ne seront de la partie de la partie. "Ceux qui pensent qu’ils peuvent faire sans Hollande et Cazeneuve se mettent le doigt dans l’œil. Dans l’opinion, ils pèsent plus que ceux qui ont un appareil", a confié Glucksmann à l’un de ses interlocuteurs. Cela tombe bien. François Hollande ne voit pas davantage ce qu’il viendrait faire à ce meeting ; Bernard Cazeneuve, assure l’un de ses amis, n’aurait pas reçu d’invitation.
Qui d’autre ? Boris Vallaud, le président du groupe PS à l’Assemblée nationale, sera, lui, en circonscription dans les Landes. Et même s’il a cheminé avec l’essayiste pour réunir la gauche à sa manière via la plateforme "Construire 2027", il ne s’agissait "pas pour autant d’un soutien à Raphaël", dit l’un de ses proches. Raphaël Glucksmann retrouvera tout de même Yannick Jadot, l’autre homme de "Construire 2027", même si, en privé, l’ancien candidat écologiste n’aime pas qu’on le décrive comme l’un de ses soutiens - "Ça n’est pas aussi simple..."
Quelque 25 parlementaires de gauche sont tout de même attendus à Aubervilliers, dont la présidente de la région Occitanie Carole Delga, pour soutenir ou simplement observer le presque candidat, qui s’est donné trois mois pour réunir son espace politique. Laurent Baumel, le député socialiste, représentera Olivier Faure : le premier secrétaire de la vieille maison ne mettra pas un pied aux Docks. "Il n’est pas le candidat désigné par le PS", dit-il. Glucksmann, ou la solitude des nombres premiers.
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Il a offert à Olivier Faure son dernier livre, Nous avons encore envie (Allary Editions, 2026). Il l’a même assorti d’une gentille dédicace, rassembleuse : "Nous avons toujours tout fait ensemble, il faut continuer" - en substance, mémoire de socialiste. Les ouailles du patron du PS sont agacées par l’eurodéputé Place publique qui ne verrait "le parti comme rien d’autre qu’un prestataire", souffle l’un de ses proches. Les deux hommes se sont vus lundi, au milieu d’une flopée de socialistes, mais les négociations font du surplace.
Faure est partisan d’une double primaire, une première réunissant la galaxie socialiste et sociale-démocrate. Elle permettrait à tous ces Narcisse d’obtenir, une fois élu, l’onction du Parti socialiste et de ses militants, pour affronter le reste de la gauche, au gré d’une seconde primaire avec Marine Tondelier, François Ruffin, Clémentine Autain ou Benjamin Lucas-Lundy. L’eurodéputé s’y refuse pour l'heure, puisqu’il préfère une désignation par consensus du champion du Parti socialiste et de Place publique - lui-même. La dynamique permettrait d’agréger quelques écologistes ou du reste de la gauche. "Dans quel monde ça existe ?", lui a rétorqué maintes et maintes fois Olivier Faure.
Le socialiste est lassé. "Les militants vont le convaincre ; moi ça fait des mois que j’essaye, je n’ai plus aucun talent pour ça", ironise-t-il en petit comité. Dans cette guerre de mouvement, Faure, initialement partisan d’une simple primaire, sans désignation préalable d’un candidat soutenu par le PS, estime avoir tant bougé. Il a observé Glucksmann redoubler d’arguments pour ne pas se soumettre au vote du "peuple de gauche". "Il a d’abord dit 'Jamais de la vie je me mets dans une primaire avec Mélenchon'. Une fois cette objection réglée, il a ensuite dit 'On ne peut pas être plusieurs du même champ à se concurrencer'. Et enfin 'Je ne peux pas m’engager dans cette primaire car si Ruffin gagne, je ne pourrais pas le soutenir'", relève-t-on autour du premier secrétaire.
Raphaël Glucksmann joue-t-il la montre ? Sa tournée promotionnelle, son meeting, ses événements durant l’été… "Si, à la rentrée de septembre, tu es à 15 % dans les sondages, l’affaire est pliée", lui a glissé un proche d’Olivier Faure. Samedi, l’eurodéputé se sait scruté. Et comparé. À Jean-Luc Mélenchon notamment qui, le 7 juin, réunissait plus de 20 000 personnes pour son premier meeting de campagne à Saint-Denis.
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